Je n'ai pas été beaucoup présente ces derniers temps sur la blogosphère et je reviens avec une note pas très gaie. J'en suis désolée par avance mais une fois que j'aurais couché les mots ici, ça ira nettement mieux. 

     J'ai beaucoup cogité ces derniers temps, trop sûrement mais j'avais besoin de réfléchir pour des petits soucis qui concernent ma fille et d'autres mon boulot... J'en reparlerai promis maintenant que j'ai un peu digéré tout ça. 

     Mardi, ma collègue/voisisne  a ouvert la porte qui sépare nos classes vers 9 h 30, elle m'a fait un signe discret, ce qui veut dire j'ai quelque chose à te dire sans que les élèves entendent. Elle m'a montré le gros titre sur son i-pad. Et merde !!!! Ca recommence à Bruxelles. Il ne faut pas que les élèves le sache, j'ai une élève dont le père est probablement à Bruxelles. Elle ne doit rien savoir, en novembre elle a pleuré plusieurs jours et notament parce que son père était dans la ville où se cache les méchants. Envoyer un sms au papa pour savoir où il est et lui demander si tout va bien. Attendre, attendre et encore attendre... Penser aux blogueuses qui vivent en Belgique, penser aux Bruxellois et savoir exactement ce qu'ils vivent, l'horreur que ça représente. Savoir que l'on reste abasourdie devant les infos. On sait qu'on ferait mieux d'éteindre la TV mais on reste hypnotisée. Savoir que certains vivrons de très longues minutes en attendant un signe de vie de leurs proches...

     Continuer à faire classe comme si de rien n'était. Le midi avoir notre réunion sur les consignes en cas d'intrusion armée dans l'école, hasard du calendrier. Avoir enfin une réponse du papa qui était en route pour Bruxelles et qui est dans un TGV qui fait demi tour. Se sentir très triste pour les habitants de cette ville, de ce pays où l'on a vaguement posé les pieds il y a plus de 20 ans. Et puis depuis mardi, regarder les infos, comprendre l'horreur, lire le journal qui titre "L'Europe en guerre", avoir du mal à s'endormir le soir, se sentir triste sans trop savoir pourquoi et puis d'un coup réaliser en parlant avec Chéri.

     Réaliser que les événements de Bruxelles, nous ramène à des sentiments douloureux. Repartir en janvier 2015 avec les attentats de Charlie et cette vidéo qu'on n'a pas voulu voir mais qu'on a vu malgré nous de ce policier abattu sur le trottoir, froidement. Avoir peur de ne pas savoir où sont les terroristes. Le lendemain matin, lire avec horreur "morts, Montrouge" alors que votre mari et votre fille sont partis chez la nounou à 2 rues de l'endroit où ça s'est pasé. Sentir son sang se glacer, se ruer presque calmement sur le téléphone. Emmener son fils au lycée en voiture parce qu'on ne sait pas où est le tireur. Passer la journée en apnée jusqu'à ce que tout le monde soit à l'abri. Et puis le lendemain ça recommence, jusqu'aux assauts.

    On sait bien qu'il y aura d'autres attentats mais bon on n'est pas très inquiets puisqu'ils visent des journalistes, des policiers et une communauté dont on ne fait pas partie (J'espère ne blesser personne en disant parce que vraiment personne ne devrait avoir peur du fait de son appartenance à une communauté). Ne pas oublier mais continuer à vivre même si on sait bien que ce n'est que le début.

       Et puis le 13 novembre.... Des attentats qui tuent des innocents, des gens qui n'avaient rien demandé, qui étaient juste au mauvais endroit au mauvais moment comme en 95 à Saint Michel. Connaître des gens qui connaissent des victimes, victimes dont je connais l'histoire et dont je n'oublierai jamais le nom. Parler à votre famille en province qui ne comprend pas vraiment ce que vous ressentez. Vous essayez de vivre mais le rappel est quasi quotidien quand on vous demande d'ouvrir votre sac et votre manteau quand vous entrez dans un magasin. Vous ne voulez plus emmener vos enfants dans un centre commercial car c'est trop dangereux. Passer au détecteur de métaux quand vous allez faire une démarche à la mairie. Voir les policiers devant pas mal de bâtiments et notamment les chaines de télévisions puiqu'elles sont concentrées entre votre travail et votre domicile. Aller dans Paris et voir les militaires un peu partout en tenue de combat. Vous figer sur place un jour gare Saint Lazare car il y a eu un grand claquement. Aller prendre le périph et voir sur le trottoir un commando de militaires cagoulé et lourdement armé. Partir voir de la famille et voir plusieurs cars de Crs aller vers le centre de votre ville si paisible. Apprendre qu'un type a été arrêté dans la ville où vous travaillez. Se dire qu'ils sont vraiment parmi nous et que ça recommencera, la seule chose à savoir c'est où et quand. Les politiques ont beau dire, on ne peut pas les empêcher, ils se fondent dans la population. Ils vivent parmi nous.

 

       Entendre des gens dire bravement "Je n'ai pas peur" et se dire que malheureusement rien ne sera évité. Je n'ai pas vraiment peur parce que de toutes manières, je sais qu'on n'y pourra rien mais c'est cette conscience qui provoque en moi un sentiment terrible d'impuissance. Hier soir j'ai réalisé qu'ils ont volé mon insouciance et que je suis terriblement triste et désolée de voir dans quelle époque mon Ado vit. Une période qui devrait être insouciante et qui ne l'est pas. Pomme de pin a fait un bon article à ce sujet, c'est ICI. Et pourtant, malgré tout aimer Paris, sortir mais ne pas s'empêcher d'y penser.