Hier, c'était la première journée nationale contre le harcélement à l'école. Aujourd'hui étant malade, je fais le tour des blogs et passe chez E-zabel, un blog que je lis depuis des années. Bon article comme toujours, qui parle d'un livre qui traite du harcèlement. 

    Depuis quelques temps je m'interroge sur le sujet, sujet finalement relativement nouveau dont on entend parler depuis 3/4 ans (j'ai 19 ans de métier). Déjà en tant qu'enseignant on peut se poser la question, comment faire la différence entre des disputes répétées et du harcèlement ? Quels actes peuvent être considérés comme du harcèlement ? Car finalement, l'enseignant de primaire est souvent bien seul pour juger. Je déteste être dans le jugement justement parce que pour moi, cela veut dire que je détiendrais une sorte de vérité et que je pense qu'il n'y a pas de vérité absolue. 

      Les parents eux, viennent de plus en plus souvent nous parler du harcèlement que vit leur enfant. Une gamine s'est fait tirer les cheveux une seule fois par son voisin et hop, elle était harcelée. C'est un exemple très très fréquent... Je me souviens d'un conseil d'école où une maman nous parlait de manière très très virulente de harcèlement et de violence qu'il y aurait tous les jours et pour une majorité d'élèves dans la cour...Que nous ne faisions pas notre travail de surveillance, sauf qu'un enfant qui veut en taper un autre attend la plupart du temps que les maîtresses ne le regardent pas pour le faire. Cette éxagération à mon sens est contre productive. Tout comme un parent qui vous parle avec violence des violences que subit son enfant.

        Lorsque je reçois un parent et qui me parle d'une situation de conflit entre son enfant et un camarade, je l'écoute toujours attentivement et je réponds que je vais observer ce qui se passe et que l'on se reverra pour en parler. L'année dernière des parents m'ont parlé de harcèlement, j'ai dû bien observer car chaque parent me disait que leur fille était la victime et l'autre la harceleuse. Première chose à faire, séparer les miss géographiquement dans la classe. Et puis, j'ai fini par voir qu'une faisait tomber la trousse de l'autre jamais sans faire exprès mais à chaque fois qu'elle passait près de sa table, qu'elle profitait de sa lenteur  pour faire son cartable pour l'empêcher de la doubler dans les rangs ou lui jeter son manteau par terre, déplacer et cacher son sac de sport etc... Cette petite fille harcelée, ne m'a jamais rien dit et heureusement que ses parents sont venus m'alerter car j'ai pu voir ce qui était quasi imperceptible, au départ je les croyais amies c'est dire... Et j'ai pu la protéger en mettant au point une stratégie discrète.

         Nous pouvons aussi parler de la harceleuse, enfant isolée, en souffrance finalement parce que personne ne voulait jouer avec elle en raison de sa "méchanceté" et qui au final a pris pour cible une petite fille encore moins sûre d'elle. 

         Ces problèmes sont très complexes, certains élèves seront plus sensibles à certains gestes que d'autres. Ma fille par exemple, qui est très très sensible, qui n'entend pas crier à la maison, à qui on n'a jamais donné une tape sur les fesses et qui a vécu jusque son entrée en maternelle dans un cocon sur-protégé par nous ou sa nounou. Nous savions que la socialisation à l'école serait très très difficile. Deux petits garçons se sont amusés à lui lancer des feuilles mortes dans les cheveux. Ma première réaction a été de me dire que ce n'était rien, qu'il fallait qu'elle se blinde un peu et puis ensuite je me suis dis que dans sa tête de gamine de 3 ans, si c'était violent. J'en ai donc parlé gentiment avec sa maîtresse qui a grondé les "jeteurs de feuilles" et ça s'est arrêté là. Je prends cet exemple pour dire que ce geste était "violent" pour ma fille mais ne l'est pas forcément pour un autre enfant de sa classe. En tant qu'enseignante, j'écoute toujours un élève qui vient se plaindre d'un autre parce ce qu'un adulte peut considérer comme n'étant "rien" ne l'est pas pour un enfant de 3 ou 7 ans...

         L'article d'E-zabel m'a donc amené à réfléchir sur ce sujet en tant que maman et qu'enseignante et puis j'ai lu cet article qu'elle a mis en lien. Et là sur le coup j'ai vu un peu rouge parce que leurs auteurs ne veulent pas mettre tous les enseignants dans le même panier mais ne cite en exemple que ceux qui n'ont rien fait face au harcèlement. Je n'aime pas juger et je n'aime pas que tout le monde soit mis dans le même panier. Comme si je disais que les journalistes étaient tous comme ci ou comme ça...

          Tout d'abord parce qu'il faut remettre les choses en perspective. Depuis 19 ans, à chaque fois que l'on change de ministre (j'en suis à 11 différents) on change les programmes ou de marotte. Je m'explique, il y a comme des modes. On doit faire de l'informatique à fond, puis finalement des expériences en sciences parce qu'on n'est pas assez bon en sciences, puis finalement non on doit faire de l'anglais parce que pareil les français sont nuls, et puis les horribles attentats de janvier alors on doit être à fond dans les valeurs de la république et la laïcité. On nous demande de plus en plus de palier aux maux de la société et ce en fonction de l'actualité.

         Pour le harcèlement, la décision a été prise en février mais le mail envoyé par le ministère  "vendredi 16 octobre 2015 15:17" soit à 23 minutes des vacances... Autant vous dire que moi je ne l'ai reçu que lundi 2 novembre pour une action le jeudi 5 novembre... Et en même temps c'est ce jour là que j'ai reçu ce lien http://www.nonauharcelement.education.gouv.fr/ et que j'ai vu la vidéo... Donc j'avais 2 jours pour préparer une séquence sur le harcèlement tout en faisant classe et en m'occupant de mes enfants...

            En voyant la vidéo, je me suis dis que ce n'était pas flatteur pour l'image malmenée des enseignants mais que bon si ça permettait aux enfants harcelés de sortir de leur silence et bien tant mieux car le silence est le problème principal. J'ai beau dire à mes élèves qu'ils peuvent/doivent me parler en cas de problème, qu'ils peuvent sortir en dernier en récréation pour être seul avec moi et me parler sans que les autres le sachent, rien n'y fait, ce sont les parents qui au mieux viennent me voir au pire règlent leur compte sur le trottoir de l'école... 

          Ensuite j'ai vu la réaction des syndicats, qui certe est maladroite, malvenue mais que l'on peut comprendre quand à longueur d'années on entend que les enseignants sont fainéants, toujours en vacances, surpayés, fonctionnaires, nuls, bons à rien si on regarde les enquêtes pisa etc... Insultés par certains, méprisés par d'autres et y compris leur hiérarchie. Les syndicats font ce qui peuvent pour lutter contre ces préjugés et cette sorte de harcèlement que la société fait subir aux enseignants et qui comme les élèves se taisent parce que si on ose se défendre on nous dira bien vite que de toutes manières on est toujours à se plaindre, en grève et qu'on a qu'à aller bosser en usine.

        Quand on cerne le problème, nous sommes forts dépourvus et surtout en primaire, les punitions sont interdites, les conseils de discipline n'existent pas et il absolument interdit de renvoyer un enfant de l'école ne serait-ce que pour une demie journée. On peut à peine  dire aux parents de l'enfant qu'il a un comportement harcelant sous peine d'avoir une plainte contre nous et de devoir être défendu par un avocat. 

         Cet article m'a énervé parce que non tous les enseignants ne se fichent pas du problème de harcèlement et que la plupart font de leur mieux pour assurer le bien être de leurs élèves et que c'est trop rarement reconnu. On entend toujours parler des mauvais profs mais rarement des bons et qui sont bien plus nombreux que les moutons noirs. Que nul n'est parfait et même les enseiganants mais que la majorité font de leur mieux. Que non 30 élèves par classe, ce n'est pas la même chose que 24... Que certains se battent contre les absurdités que leur impose leur hiérarchie. Parce qu'on doit se débrouiller pour faire cesser le harcèlement mais que si on veut se renseigner et bien nous n'avons plus qu'à acheter des livres sur nos deniers personnels et que comme d'habitude on nous laissera nous débrouiller tout seul. Et qu'en plus, si on ose critiquer le système éducation nationale (qui ne va pas bien) et bien au mieux on aura une sale note en inspection ce qui nous empêchera d'avoir un meilleur salaire et au pire on sera suspendu.

              Merci à ceux qui auront pris la peine de lire cet article jusqu'au bout et qui n'engage que moi.

J'ajoute ce lien parce que j'ai apprécié la modération dont fait preuve ce prof des écoles Harcèlement, j'ai testé la vidéo polémique